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Vendredi 17 Février 2012
Magazine - Bruxelles au pluriel
Brève conversation avec une jeune italienneBruxelles est de fait la capitale de l'Union européenne. Elle héberge bien sûr les institutions européennes mais aussi un grand nombre de communautés se croisant sans pour autant se connaître. Avec notre série d’articles « Bruxelles au pluriel » nous plongeons au cœur de cette ville aux richesses et diversités insoupçonnées.Par Angelo Tino
Sur la base de l’Article 9 du Traité sur l’Union Européenne et de l’Article 20 (alinéa 1) du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, est "citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre. La citoyenneté de l'Union s'ajoute à la citoyenneté nationale et ne la remplace pas". Bien cohérent avec cela, le fait que tout "citoyen de l'Union" ait "le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres".
Certes, dans le contexte européen contemporain, la liberté de circulation a des effets bien évidents sur la démographie de différentes villes et régions de l’Union, dont la population montre des origines bien plus variée que pendant les décennies passées. [1] Bruxelles s’avère, à cet égard, un exemple éloquent. Il suffit de faire une promenade à travers la ville pour s’en rendre compte. Comme je suis en train de faire cet après-midi, par exemple. De la Place de la Chapelle, en passant par des ruelles du centre ville et puis vers le Quartier européen. Les visages des gens croisées, leurs langues révèlent un contexte riche et multiculturel. Les jeunes ressortissants d’Etats membres qu’on rencontre dans cette ville sont, très souvent, des personnes très qualifiées. En effet, le rôle de capitale institutionnelle de l’UE, avec le développement d’une série considérable d’activités, a permis à Bruxelles de devenir un centre d’attraction important. QUITTER SON PAYS NATAL POUR GAGNER EN INDEPENDANCE Mais beaucoup de citoyens européens, souvent doté d’un know-how appréciable, se déplacent-t-ils simplement pour saisir des nouvelles opportunités offertes par le processus d’intégration ou derrière la libre circulation se cachent aussi des déséquilibres économiques entre les régions de l’Union ? Ces différences ne finissent-elles pas par créer un marché unique “imparfait” et des zones où les jeunes ont peu d’alternatives intéressantes au départ, et d’autres qui deviennent des pôles d’attraction ? Pendant ce temps, j’arrive chez Valeria Ramiconi, qui a accepté de participer à cette interview, réalisée avec le but d’écouter l’histoire et les opinions d’une jeune professionnelle européenne qui a laissé son pays d’origine pour travailler à Bruxelles. Valeria a 29 ans et est originaire de Rome. Après ses études en Sciences Politiques et deux masters, elle est partie en Belgique pour un stage chez Agriconsulting Europe SA, où elle travaille en tant que project manager. "Je suis arrivé à Bruxelles il y a deux ans. A la fin de mon Master en project management, j’ai eu la possibilité de faire un stage et j’avais envie d’avoir une expérience professionnelle à l’étranger. J’ai postulé pour trois ou quatre offres et j’ai été sélectionnée pour venir à Bruxelles. Disons que je suis arrivée ici un peu par hasard. Ensuite, j’ai continué à travailler pour la même société et maintenant j’ai un contrat à durée indéterminée". "Pendant les mois derniers - nous raconte-t-elle - j’ai reçu des offres de travail en Italie, mais les conditions contractuelles n’auraient pas été les mêmes qu’ici, avec un salaire plus bas et moins de garanties. D'ailleurs, des amis de mon âge et très qualifiés qui travaillent là-bas ne gagnent pas assez pour vivre seuls et doivent rester chez leurs parents ou prendre une chambre en colocation en faisant beaucoup de sacrifices. Ici, au moins, je peux être indépendante». Les premières phrases de notre amie donnent un aperçu de la Péninsule pas très attrayant pour les jeunes, même pour ceux qui ont des diplômes universitaires. Ces derniers trouvent difficilement un travail qui corresponde à ses qualifications et ont peu d’opportunités professionnelles. Faute d’un système bloqué par la sauvegarde de certains privilèges et par le manque de méritocratie. UNE GENERATION PERDUE "La responsabilité - selon notre jeune professionnelle - es, surtout celle d’une classe dirigeante incapable, dont l’objectif n’est pas la réalisation du bien commun, mais la défense des intérêts privés. Pendant des années, l’establishment a rendu moral ce qui ne l’est pas. Cet exemple négatif a influencé la société. Il s’est diffusé dans la morale civile et l’a déformée". Le résultat : "Nous avons perdu le sens de la res publica". Voilà que les connaissances qui comptent - personnelles ou familiales - deviennent un atout très important dans la vie professionnelle, en donnant un avantage fort par rapport à la plupart des jeunes. Ces derniers sont souvent frustrés quant à leurs ambitions. "Les compétences, les titres universitaires s’avèrent souvent insuffisants. Pour trouver un bon travail, il faut avoir des bons contacts. C’est donc normal que beaucoup de personnes de mon âge décident de partir", poursuit Valeria, pour qui une solution concrète aux problèmes qui touchent la Péninsule pourrait être trouvée, avant tout, "dans une bonne politique, gérée par des personnes préparées et clairvoyantes, intéressées par les perspectives des jeunes générations". Dans sa vie professionnelle, Valeria est très souvent en contact avec les Institutions européennes et les questions qui concernent l’Union. Je profite donc encore de sa disponibilité pour lui demander si, à son avis et sur la base des observations faites, l’Europe souffre d’un ensemble de déséquilibres entre les régions qui la composent. Des déséquilibres qui nuisent au développement d’un marché commun vertueux. "L’Union européenne - nous répond-t-elle - est un espace hétérogène, du point du vue économique et culturel. Il y a des déséquilibres, par rapport à la richesse, au marché du travail, aux services publics et cela n’est pas un élément positif pour le processus d’intégration. Certes, il y a déjà des instruments utiles afin d’aider les zones en désavantagée. En tout cas, une fois dépassée cette période de crise, il serait souhaitable qu’une attention majeure soit portée à cette question et qu’un contrôle plus étroit de Bruxelles sur l’utilisation efficace des fonds adressés aux régions plus faibles soit mis en œuvre". Avant de remercier Valeria pour son temps, je lui demande si elle envisage, un jour, de rentrer en Italie. Voilà sa réponse : "Pourquoi pas ? A condition d’avoir un travail qui me permette de vivre une vie digne. J’aime mon pays et je suis orgueilleuse de son histoire. Je suis triste quand je pense à la régression dont la politique italienne a souffert pendant les dernières décennies. La Constitution italienne est un exemple et beaucoup de gens au pouvoir aujourd’hui ne la connaissent pas. Pour rentrer, les choses devraient vraiment changer, car aujourd’hui je me sentirais membre d’une “génération perdue”, mal payée et exploitée, privée de ses perspectives légitimes”. [1] Clairement, les contextes multiculturels qui se forment dans l’espace de l’Union européenne sont le résultat tant du déplacement de personnes entre les Pays membres que de l’immigration de ressortissants de Pays tiers. K. Vasileva nous montre que, des «31.9 million» (c’est-à-dire, «6.4% of the total EU population») de «non-nationals […] living on the territory of the EU Member States on 1 January 2009», plus d’un tiers «(11.9 million), were citizens of another Member State» (Katya Vasileva, Foreigners living in the EU are diverse and largely younger than the nationals of the EU Member States, Eurostat, Statistics in focus, 45/2010, p. 1.
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