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Mardi 31 Janvier 2012

Edito

Elargissement de l’UE, déni de démocratie ?

C’est la dernière ligne droite pour la Croatie avant d’intégrer officiellement l’Union européenne. Deuxième de l’échappée balkanique derrière la Slovénie, le voisin croate a passé l’obstacle du référendum le 22 janvier dernier et la voie semble dégagée pour devenir le 28ème Etat membre de l’Union européenne le 1er juillet 2013.

Par Rémi Praud


Elargissement de l’UE, déni de démocratie ?
La route fut longue et semée d’embuches. Un peu plus de six années de négociations, chapitre par chapitre, ont été nécessaires avant de pouvoir signer le 9 décembre 2011 le traité d’adhésion. Entre la signature du texte et le référendum, à peine six semaines dont la trêve de Noël. Autant dire rien. Les principaux partis politiques croates, SPD (le Parti Social Démocrate au pouvoir depuis peu) et HDZ (Union Démocratique Croate, chef de file de l’opposition et à la tête du pays de 2003 à 2011) en tête, se sont retrouvés sur la base d’un objectif commun : l’adhésion à l’Union européenne. La campagne fut donc éclair, les opposants n’ayant ni les moyens, ni les relais nécessaires pour contrer l’ensemble de la classe politique « modérée » et même l’Eglise si puissante dans ce pays majoritairement catholique et très pratiquant. Le résultat est sans appel : près de deux tiers des votants ont dit oui (66,27%). Pourtant, le taux de participation fut le plus bas qui ait jamais été enregistré pour un pays souhaitant intégrer l’UE (42,5%), les eurosceptiques ayant préféré rester chez eux plutôt que de participer à un scrutin perdu d’avance.

Depuis octobre 2005, et le début des négociations, le soutien populaire à l’adhésion a été une épine récurrente dans le pied du candidat croate, inquiétant en haut lieu à Bruxelles. Pourtant, à aucun moment les dirigeants croates ne se sont inquiétés. Les exemples des entrants de 2004, notamment, ont validé la stratégie du « laisser faire ». Il serait toujours temps de faire campagne se disaient-ils. En réalité ce ne fut à aucun moment réellement nécessaire.

Les gouvernements successifs ont méthodiquement ignoré l’appel d’une partie de la population. Il n’a jamais été question de poser le cadre d’un débat élargi sur la question de l’adhésion, ni de faire œuvre de pédagogie sur les conséquences de l’adhésion pour le pays. Soyons clair cela n’aurait rien changé. En entamant les négociations en 2005 la Croatie mettait déjà un pied en Europe. Six ans après et la mise en œuvre des réformes nécessaires à la clôture des 35 chapitres de négociation, la Croatie avait transposé l’ensemble de l’acquis communautaire. En clair, la grande majorité de la législation croate était devenue européenne. C’est en 2005 que le débat aurait dû avoir lieu, c’est à cette époque que les croates auraient dû décider si oui ou non ils souhaitaient entamer ce processus. Le 22 janvier 2012 il était bien trop tard pour demander son avis à une population mise devant le fait accompli.

Cela va donc au-delà de savoir si l’adhésion de la Croatie est une bonne ou une mauvaise chose pour le pays. Assurément, aspects positifs et négatifs auront leur place dans les premiers bilans de l’adhésion, dans quelques années. Il est ici question de démocratie, de responsabilité vis-à-vis des citoyens des pays candidats. Aujourd’hui, au Monténégro, en Serbie ou encore en Macédoine, comme hier en Croatie, la population est tenue à l’écart de la décision politique la plus importante des 20 dernières années ; ce qui aura non seulement un impact négatif à long terme au sein de ces pays mais affectera aussi durablement l’image de l’Union européenne auprès des populations. L’UE s’en passerait pourtant bien volontiers.











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