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Lundi 25 Octobre 2010
Entretiens
Emilie Turunen : "l’UE n’a pas été suffisamment ambitieuse et efficace"Emilie Turunen (Danemark - Verts), benjamine des députés européens a accepté de répondre à nos questions sur l’emploi des jeunes, en cette période de crise, et quelques mois après le vote de son rapport sur la promotion de l'accès des jeunes au marché du travail, le renforcement du statut des stagiaires, du stage et de l'apprenti.Par Rémi Praud
Que pensez-vous de la stratégie globale de l’UE en matière d’emploi des jeunes ? Est-elle suffisamment ambitieuse et efficace ?
Dans la Stratégie de Lisbonne qui s’est achevée en 2010, des points de repère pour la jeunesse avaient été mis en place et n’ont pas été totalement atteints, et il n’y a pas eu d’évaluation publique et transparente du Pacte Européen de la Jeunesse qui a été décidé par les chefs d’Etat en 2005. De plus, je perçois un gros problème dans l’insuffisance des consultations avec les partenaires sociaux, la société civile et les organisations de jeunesse pendant le processus de développement de la Stratégie UE2020 adoptée en juillet 2010. Aujourd’hui, dans l’UE plus de 5.5 millions de jeunes de moins de 25 ans sont au chômage et si nous ne prenons pas les devants nous courons le risque que toute une génération doive faire face à l’exclusion sociale, pendant que nous parions sur l’avenir économique et sociale de l’UE. De nouvelles mesures sont absolument nécessaires. Beaucoup de stages sont de très pauvre qualité et dans les dernières années nous avons vu de nombreux exemples de stagiaires occupant de vrais postes. Jusqu’ici je ne pense pas que l’UE ait été suffisamment ambitieuse et efficace. A votre avis, qu’est ce qui devrait être amélioré et/ou changé dans cette stratégie ? Bien que les politiques de l’emploi et d’éducation soient principalement des compétences nationales et que l’UE ait des compétences plutôt limitées dans ce domaine, je crois que l’UE a un rôle important à jouer. L’UE devrait agir et s’engager plus pour faire face au problème. Nos économies sont intimement connectées et nous faisons face aux mêmes problèmes démographiques pour le futur. Il y a beaucoup à gagner à améliorer l’inclusion des jeunes dans la population active. Nous avons besoin de trouver une solution à long terme qui ne garantisse pas seulement des emplois pour les jeunes mais des emplois plus stables et sûrs. L’UE a besoin de trouver une stratégie commune avec des objectifs visant à garantir une solution à long terme. L’inclusion de la société civile, des institutions éducatives et des organisations de jeunesse est cruciale pour la création d’emplois pour les jeunes. Tous les Etats membres doivent agir pour combattre le chômage des jeunes. Relever le défi de la jeunesse requiert une approche intégré et cohérente qui combine le niveau économique et les politiques d’éducation, de l’emploi et social. Comment l’UE peut-elle encourager les employeurs à embaucher plus de jeunes ? De la même manière comment mieux préparer ces jeunes à la réalité du marché du travail ? Il est important que les employeurs ne considèrent pas les jeunes seulement pour des emplois temporaires ou sans qualification. Il est essentiel de créer des incitations efficaces pour les jeunes qui garantissent des conditions de vie et de travail décentes, afin d’encourager les employeurs publics ou privés à embaucher des jeunes. Nous avons besoin d’investir à la fois dans la création d’emploi pour les jeunes, dans la formation continue durant la vie professionnelle, et dans le soutien à l’entreprenariat parmi les jeunes. En termes de préparation des jeunes au marché du travail il est crucial que les Etats membres soutiennent et accroissent la coopération entre les écoles et les employeurs le plus tôt possible dans leurs plans de redéfinition des schémas de formation. De plus, les autorités locales devraient être incluses dans l’organisation étant donné qu’elles sont en contact avec un réseau plus large et connaissent les besoins des employeurs à un instant donné. Comment les universités devraient adapter leurs programmes pour faciliter la transition de l’éducation vers l’emploi ? J’ai, dans mon rapport adopté par le Parlement cet été, appelé à la création d’un Groupe de travail européen sur la Jeunesse pour garantir une plus grande cohérence entre le système éducatif et le marché du travail. Cela devrait promouvoir une responsabilité plus grande et partagée entre les gouvernements, les employeurs et les particuliers pour investir dans les qualifications. De plus les Etats membres devraient doter toutes les écoles d'organes consultatifs afin de contribuer à faciliter une transition sans heurts de l'école au marché du travail. Il est important qu’il y ait une forte coopération entre les acteurs privés et publics sur cette question, ce qui aidera les jeunes à comprendre et se forger une opinion réaliste de la situation du marché du travail. La mobilité est très souvent vue comme un atout important pour les jeunes qui cherchent un emploi. Que pensez-vous de cela et comment pouvons-nous améliorer la mobilité des jeunes dans le domaine de l’éducation et de la formation ? J’invite de manière très forte les Etats membres à encourager l’harmonisation des cadres nationaux de certification, afin d’accroître encore la mobilité des jeunes dans le domaine de la formation et du travail. L’égalité des chances pour toutes les nationalités pourraient augmenter les incitations à travailler ou faire un stage dans un autre pays où il y a des besoins. Les qualifications acquises par les jeunes dans leur pays doivent être reconnus et ils doivent avoir accès aux mêmes compétences clés que les employés originaires du pays. Les programmes déjà existants qui soutiennent l’éducation et promeuvent l’amélioration des compétences des travailleurs doivent être étendus tout autant que la sensibilisation aux programmes Formation tout au long de la vie, Erasmus, l’Initiative en faveur de l’enseignement des sciences, le Fond Social Européen et Marie Curie, ce qui encouragerait les jeunes à partir à l’étranger dans le cadre de leur études ou pour travailler. De plus l’apprentissage des langues est crucial pour faciliter l’accès des jeunes au marché du travail partout en Europe et de plus cela suscite une égalité des chances pour les employés. Comment l’UE peut-elle assurer cette égalité des chances pour les jeunes et réduire les discriminations ? Mon rapport inclut une Garantie européenne pour la jeunesse, une garantie pour que les jeunes ne restent pas au chômage plus de quatre mois sans se voir proposer un emploi ou une formation. C’est très important pour moi car le chômage à un jeune âge augmente les risques d’un chômage de longue durée et a un impact négatif sur le niveau de revenu plus tard. La directive en faveur de l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail, qui rend illégal la discrimination à l’emploi basée sur l’âge, doit être mise en œuvre plus efficacement et c’est aux Etats membres de le faire. De plus, bien plus doit être fait pour garantir que les employés et les employeurs soient au courant de leurs droits et obligations, pour que la discrimination entre jeunes et personnes expérimentées soit évitée. Quel message pouvez-vous envoyer aux jeunes, en première ligne face à la crise actuelle ? Tenez bon ! Je sais que parfois cela semble difficile, notamment aujourd’hui au moment de la crise mais nous avons besoin de jeunes impliqués dans la société et sur le marché du travail. En tant que femme politique je ferai tout mon possible pour rendre les choses plus faciles pour les jeunes dans leur accès au marché du travail. Le rapport d’Emilie Turunen disponible en ligne
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