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Lundi 29 Novembre 2010

Entretiens

Jo Leinen : "Cancun n’aboutira pas à un texte juridiquement contraignant"

Aujourd’hui est lancée la conférence mondiale sur le climat à Cancun (Mexique). Jo Leinen (euro-député S&D – Allemagne) est président de la Commission du Parlement européen en charge des questions environnementales et chef de la délégation parlementaire à Cancun. Il a accepté de répondre à nos questions, et de détailler ses espoirs et ses propositions.

Par Rémi Praud


Jo Leinen : "Cancun n’aboutira pas à un texte juridiquement contraignant"
Quel va être le message envoyé par l’Union européenne à Cancun ? Dans quelle mesure ce message peut-il faire la différence lors de cette conférence mondiale ?

Il est nécessaire de suivre le chemin tracé par la conférence de Bali et l’accord de Copenhague. Nous ne devons pas permettre que les négociations reviennent sur leurs pas. L’UE est la seule région dans le monde avec une législation contraignante en place sur la réduction des émissions de CO2. Elle a donné l’exemple et développe la connaissance et la technologie pour des mesures d’adaptation. L’UE doit démontrer sa volonté de maintenir des objectifs et des actions ambitieuses pour le climat.
Aboutir sur les financements à mise en œuvre rapide promis sera crucial pour la crédibilité de l’UE aux yeux des pays en développement.
Etre sérieux concernant nos propres objectifs et soutenir les mesures d’adaptation avec un savoir-faire technique ainsi que des contributions financières feront beaucoup pour rassembler des soutiens autour des positions de l’UE.

Quel rôle l’UE peut-elle jouer durant les négociations, en particulier chaque institution ? Quelles sont les marges de manœuvres pour l’UE afin de changer la situation ?

L’UE doit parler avec une seule voix à Cancun. Tous les Etats membres doivent se mettre d’accord et communiquer un ensemble de priorités et de messages aux autres parties. Le Parlement européen agira comme lien entre la société civile et les gouvernements, en étant le chien de garde des promesses faites par les Etats membres.
L’UE peut mettre des solutions technologiques sur la table aussi bien qu’un soutien financier. Couplé à un engagement clair sur les objectifs de réduction de CO2 de l’UE, elle a la crédibilité nécessaire pour aider à combler le fossé entre les pays industrialisés et les pays en développement.
Des villes dans l’UE mais aussi aux Etats-Unis ont été très actives dans la lutte contre le changement climatique, introduisant des mesures locales. Un échange de bonnes pratiques et d’idées peut aider à diffuser dans le monde entier des activités fonctionnant bien.


Comment pouvons-nous dégager un accord avec les principaux pollueurs afin d’édicter un texte juridiquement contraignant sur le changement climatique ?

Nous devons déterminer des objectifs réalistes pour tout le monde et préparer les débats qui auront lieu en Afrique du Sud, l’année prochaine. Le principe de la responsabilité historique s’applique. Cancun n’aboutira pas encore à un texte juridiquement contraignant mais nous attendons de cette conférence de mettre au point des accords sectoriels. Une approche pas à pas, impliquant tous les partenaires est plus prometteuse. Les Etats-Unis et la Chine investissent tous les deux dans les technologies vertes et dans des mesures d’efficacité énergétique. C’est déjà un pas important dans la bonne direction. Tout au long de l’année qui vient nous devons travailler à convaincre les membres de la COP (Conférence des Parties - Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, ndlr) de la nécessité d’un accord global. Bien qu’il manque d’actions fortes aux Etats-Unis, plusieurs Etats fédérés sont très actifs, avec leur propre système d’échange d’émissions et des législations ambitieuses sur l’environnement et le climat. C’est une base que nous pouvons mettre à profit.


Les pays en développement et les BRICs (Brésil, Russie, Inde et Chine) veulent du progrès et de la croissance, et dans le même temps les pays développés ont une grande responsabilité dans la situation actuelle, quel compromis pourrait émerger entre tous ces pays afin d’esquisser un nouveau modèle économique, social et environnemental ?

L’objectif d’une économie à faible émission de carbone est partagé par tous les pays. Ce ne sont pas seulement les effets du changement climatique mais aussi les ressources de plus en plus rares qui contribuent à la prise de conscience que l’efficacité énergétique, l’utilisation d’énergies renouvelables et une utilisation intelligente des ressources sont prépondérants pour chaque pays. Dans l’UE, nous voyons à quel point le changement vers les énergies renouvelables crée de nouveaux emplois locaux et a des effets positifs sur le développement économique. Avec une production décentralisée de l’énergie à partir d’énergies renouvelables nous pouvons fournir suffisamment d’énergie pour les BRICs et les autres pays, et simultanément stimuler le développement des communautés locales.


Les conséquences du changement climatique affectent et affecteront les pays et les populations les plus pauvres et les plus vulnérables, quelle réponse peut être mise sur la table ?

Nous devons agir rapidement à tous les niveaux, de la fin de la voie du statut quo et l’introduction d’objectifs ambitieux de réduction d’émissions de CO2, à la fourniture de solutions technologiques et de moyens financiers pour l’adaptation climatique. Le Parlement pousse pour un principe de justice climatique.


La conférence de Cancun s’ouvre dans un climat de scepticisme, quel est votre sentiment ?

La présidence mexicaine a conduit toute une série de réunions préparatoires avec les membres du COP et rapporte une amélioration du climat entre les parties. Le Mexique est certainement très bien placé pour être un honnête médiateur entre le monde développé et le monde en développement, à la fois en tant que membre de l’OCDE et en tant que pays en développement.
Encore une fois, aboutir sur un engagement financier aidera à créer un climat de confiance entre les participants.


Quel message pouvez-vous adresser aux européens qui sont inquiets face au changement climatique mais aussi frustrés des réponses inefficaces des leaders mondiaux ?

La lutte contre le changement climatique commence à un niveau local. Chaque citoyen peut faire sa part, par exemple en consommant moins d’énergie, en économisant l’eau, en prenant les transports publics plutôt que leur voiture privée. Les gens doivent maintenir la pression sur leurs gouvernements pour la mise en place d’actions. Le Parlement européen s’est battu pour maintenir les questions climatiques en haut de l’agenda de l’UE alors que la crise économique et financière occupe le devant de la scène dans les débats quotidiens. L’UE a été active tout au long de l’année afin de trouver des partenaires de ses politiques climatiques ambitieuses. Aujourd’hui nous avons des motifs d’espérer que le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Corée du Sud adoptent bientôt des législations sur le climat.



Crédits photo (c) Parlement européen, Unité audiovisuelle, 2010



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