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Mercredi 15 Février 2012

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L’Egypte peut-elle suivre l’exemple Turc ?

Par Conor Griffin


L’Egypte peut-elle suivre l’exemple Turc ?
A la publication des résultats finaux des six semaines d’élections législatives Egyptiennes sont désormais officiels, c'est la forte performance des deux principaux partis islamiques qui fait le plus parler d'elle. Avec 43,7% des votes, le parti de la liberté et de la justice (FJP), (la branche politique des frères musulmans), est le grand vainqueur, même si le parti ultra conservateur Nour, a surpris en obtenant 22% des voix.
 
Au fur à mesure que la victoire des partis islamiques devenait évidente ces dernières semaines, de plus en plus d’observateurs occidentaux et d'hommes politiques ont commencé à s'interroger sur ce que feraient ces partis une fois au pouvoir. Beaucoup espèrent qu’ils vont essayer de suivre l’exemple turc, qui est perçu comme le premier exemple d’un mariage réussi entre une société musulmane et une démocratie séculaire. Malgré les critiques, le parti au pouvoir en Turquie, la Parti de la justice et du développement, l’AKP, est vu par beaucoup, à l’ouest comme à l’est, comme un parti au pouvoir à l'issue d'élections démocratiques, ayant une solide politique économique et un programme de réformes crédible.
 
Cependant, dans un article récent, Sebnem Gumuscu doute du fait que l’Egypte puisse suivre le modèle Turc. Comme il l’affirme dans son article, dans le cas Turc, l’AKP a eu du succès car il a adopté le cadre de la démocratie séculaire de l’Etat turc. Gumuscu affirme que la raison principale est que la transformation néo libérale turque a commencé dans les années 80. Cette transformation a vu l’émergence d’un nouveau groupe d’hommes d’affaires qui plaidaient en faveur d’une certaine modération idéologique, de plus fortes relations avec l’UE et un certain pragmatisme politique. Tous ensemble, ces islamistes modérés ont formé l’AKP.
 
La comparaison avec l’Egypte est frappante. Comme l’explique Gumuscu, le néolibéralisme en Egypte a plutôt profité aux protégés du régime de Mubarak, et il n’y a pas eu d’émergence d’une nouvelle classe d’hommes d’affaires sur le modèle Turc, au sein des partis islamiques égyptiens. Au contraire ces partis sont constitués par des individus de secteurs professionnels qui préfèrent un état fort et interventionniste. Cette large présence de l’Etat a été perçue par the economist comme le plus grand défi économique de l’Egypte aujourd’hui.
 
Selon Gumuscu, le parti de la liberté et de la justice (FJP) soutient le secteur privé mais son système économique idéal est plus proche du corporatisme que du libéralisme et du libre échange dans le commerce.
 
Gumuscu doute aussi la capacité de l’Egypte à entreprendre des réformes économiques de manière pragmatique sur le modèle turc. Si une nouvelle classe islamique souhaite propager le succès de l’AKP, alors il faudrait qu’elle soit d'abord capable de se transformer en partis politiques dignes de ce nom. Cependant, pour le moment, les frères musulmans restent une société religieuse et les objectifs politiques, économiques et culturels sont secondaires.
 
Le FJP repose sur une sorte de fraternité entre ses membres, ce qui lui assure un soutien important lors des élections. Cette fraternité est responsable d'une certaine opacité du fonctionnement du FJP. Selon Gumuscu, la décision de ne pas nommer un candidat présidentiel dans le FJP montre que les objectifs politiques restent secondaires par rapport aux objectifs religieux.
 
Comme Gumuscu le résume, il n'y a pas de modèle Turc. Il faut plutôt parler des Musulmans évoluant dans un Etat séculaire et démocratique dans un cadre néo-libéral. Gumuscu pense que la tâche prioritaire des mouvements islamiques en Egypte est de séparer leurs fonctions politiques de leurs fonctions religieuses. Ensuite, ils devraient aussi enterrer leurs visions archaïques de la hiérarchie et du prosélytisme pour s'engager dans la construction d'un système démocratique ayant ses propres institutions.



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