Connectez-vous S'inscrire

Mardi 14 Février 2012

Analyses

L’épouvantail migratoire

Les questions migratoires sont toujours objet de controverses dès qu’elles pénètrent le champ politique. Les sociétés sont de plus en plus diverses, et l'Europe se retrouve souvent à se poser la question sur les effets à long terme des flux migratoires sur ses sociétés, de quelles politiques mettre en œuvre et parfois mêmes des gains économiques de ces migrations.

Par Tabitha Ettienne


© Parlement européen, 2012.
© Parlement européen, 2012.
Depuis les accords de Schengen en 1985, la libre circulation des personnes au sein de l'Europe est devenue un droit fondamental pour les citoyens de l'Union européenne, bien que cela n'ait pas été atteint facilement, avec des pays imposant leurs propres restrictions. Ceux qui n’en ont pas imposées à l’époque, comme le Royaume-Uni, ont fait face à un véritable tollé alimenté par l’idée que les migrants, plus particulièrement ceux d’Europe de l’Est, fourniraient une main d’œuvre à bas coût, mettant ainsi les talents autochtones dans une situation désavantageuse, tout en exerçant une pression sur les services publics tels que la santé et l'éducation.

MYTHES ET EPOUVANTAILS

Le thème de l’immigration et de ses effets revient très souvent sur le devant de la scène, en particulier dans le climat actuel d'austérité. Les spécialistes sont divisés sur la question. Une étude récente de l'Institut national de recherche économique et sociale en Grande-Bretagne (le NIESR) a montré très clairement que l'immigration n'avait pas d'impact sur le chômage. Leurs conclusions ont été immédiatement contredites par Migration Watch UK, qui prétend que, les anciens pays du bloc soviétique ayant rejoint l'UE, ce serait une "coïncidence remarquable" qu’il n'y ait pas de lien entre l'afflux de travailleurs d'Europe de l’Est et un niveau de chômage des jeunes de plus en plus élevé.

Le continent européen se fait également l'écho de sentiments similaires. Le Parti de la liberté néerlandais (PVV), conservateur, et son leader Geert Wilders ont lancé un site internet, invitant les gens à critiquer publiquement les polonais, roumains ou bulgares pour leurs efforts coordonnés, selon lui, visant à saboter la société néerlandaise. Le site a été l’objet de très nombreuses controverses. En réponse, le Parti Populaire Européen (PPE) a, sans réserve, dénoncé cette initiative. Luc Vandeputte, Secrétaire général adjoint de PPE, décrit l’objet du site comme "révoltant et terrifiant". Ce genre de pratiques n’a rien de nouveau, ici la volonté est manifeste de jouer la provocation et la polémique. Internet est à l’évidence très difficile à réglementer. La simplicité avec laquelle des plates-formes en ligne peuvent être créées a permis de donner de la visibilité à de telles postures tout en permettant d’élargir la base des soutiens.

Le terme « migrant » ne recouvre pourtant pas un modèle unique, facilement applicable à toute personne qui quitte, pour une raison ou une autre, son propre pays. L'utilisation la plus extrême du terme consiste à voir le migrant être accusé d’appauvrir le pays d’accueil de ses ressources vitales, telles que l'aide sociale. Cette opinion est largement répandue et relayée dans certains médias sensationnalistes européens. En dehors de l'enrichissement évident qu’apportent d'autres cultures, l’immigration stimule aussi la croissance économique et encourage l'innovation, tout en préservant la compétitivité. Dublin, qui, en tant que plate-forme technologique de l'Europe, abrite les bureaux européens de Twitter et Microsoft entre autres, est un excellent exemple du besoin vital d'attirer des personnes hautement qualifiées, talentueuses et expérimentées dans les domaines de l'informatique, l’ingénierie, les communications et les langues.

LE ROLE DE L'UE

Afin de promouvoir une image saine de la migration, l’idée pourrait être de renforcer et mettre en avant des projets transnationaux. Considérons les étudiants migrants, ou de façon plus éloquente les étudiants du programme Erasmus. Vivre et travailler à l'étranger est devenu populaire parmi de nombreux jeunes Européens. Une myriade de diplômes universitaires ont inscrit dans leur cursus une telle année de mobilité, de même que la formation professionnelle profite du programme Leonardo Da Vinci, afin de soutenir la mobilité européenne. De telles initiatives participent, sur le long terme, à la création d'une identité pan-européenne, en familiarisant les cultures et les traditions en vue de les harmoniser.

L'Europe doit aller de l'avant en tant que continent unifié, qui respecte et tolère différentes cultures tout en promouvant une identité transnationale. Une vision pessimiste nous suggérerait que cette identité est artificielle, cependant, il y a beaucoup plus à gagner à favoriser le mouvement des personnes d'un endroit à l'autre plutôt que de fermer nos frontières. Que des citoyens de l'UE pensent que les politiques migratoires sont un échec, ou que l'Union européenne va au-delà de ses prérogatives, ne doit pas signifier que le respect de l’identité d’une nation doit se traduire par la fermeture des frontières et la mise en place de barrières.

Les attitudes négatives envers les migrations ne peuvent être effacées du jour au lendemain. Si demain les gouvernements européens sont à même d’atteindre l’objectif d'intégration européenne, les différentes classes politiques et les citoyens doivent être pro-actifs quant aux réflexions et propositions faîtes sur la question des migrations. Afin de calmer l'angoisse liée à ces questions, l'UE doit mettre davantage l'accent sur le renforcement des relations entre communautés ; une démarche qui permettrait de s'attaquer de façon plus appropriée aux préjugés et tensions liés aux migrations.











Inscription à la newsletter



S'identifier
 



Les + du mois

Politique Agricole Commune: soutenir une vraie réforme à l'horizon 2020

15/05/2012 - Samuel Féret, sociologue et membre du "Groupe de Bruges"

La Capitale vue par une jeune belge

09/05/2012 - Angelo Tino

The Brussels Business : les lobbys dirigent-ils l'Union européenne ?

09/05/2012 - Rémi Praud et Anne-Sophie Michel










S'identifier


S'inscrire