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Mardi 15 Mai 2012

Opinions

Politique Agricole Commune: soutenir une vraie réforme à l'horizon 2020

La réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) est en cours depuis plusieurs mois déjà et voit s'affronter des intérêts divergents. L'ARC 2020 (Convention Agricole et Rurale), une plateforme regroupant plus de 150 organisations issues de 22 pays européens, promeut une agriculture durable, respectueuse de l'environnement et participant au développent économique et social des territoires européens.

Par Samuel Féret, sociologue et membre du "Groupe de Bruges"


© ARC 2020
© ARC 2020
Alors que la FAO estime qu'il faudrait augmenter la production agricole de 70% pour nourrir 9 milliards d’habitants en 2050 -en agissant seulement sur l’amélioration des rendements- d'autres expertises collectives avancent le chiffre de 30%. L'IAASTD au niveau international, le 3ème SCAR Foresight au niveau Européen et la prospective Agrimonde en France considèrent que le scénario « business as usual » n'est pas envisageable à l'avenir, compte tenu des contraintes écologiques et climatiques qui s'accumulent sur notre planète.

Un tel scénario alternatif implique de revoir notre façon de manger – moins de calories animales et plus de calories végétales-, réduire les pertes et gaspillages, inventer des systèmes de production écologiques, économes mais efficaces, et améliorer la gouvernance de l'agriculture et de l'alimentation à différentes échelles.

Au regard de cet agenda, l'ARC 2020 estime urgent de saisir l’opportunité de la réforme de la Politique agricole Commune (PAC) dans l’Union européenne à 27 (UE-27), et entreprendre une transformation des systèmes de production agricole et de consommation alimentaire capable de répondre aux défis contemporains de manière simultanée et coordonnée.

De manière générale, la PAC ne doit pas se résumer à la distribution de subventions aux agriculteurs. Elle doit contribuer à coordonner et organiser les relations entre filières et territoires, entre agriculteurs et mangeurs, mais aussi à rapprocher les institutions européennes des citoyens.
Si les défis sont globaux, multiples et collectifs, il est assez étrange que la principale réponse apportée par la PAC depuis 1992 repose sur un outil qui individualise l'intervention publique de l'UE. En effet le soutien du revenu agricole qui demeure au coeur de la PAC même réformée, ne tient toujours pas compte des niveaux réels de revenu et de patrimoine des ménages agricoles -20% des bénéficiaires reçoivent encore 80% des aides-!

Les ressources consacrées à la politique agricole doivent être utilisées pour apporter une contribution substantielle à la réalisation des objectifs de protection de l’environnement, de maintien et de création d'emplois et de développement rural, tout en favorisant les opérations coopératives et collectives. En ce sens, les deux piliers de la PAC devraient être attachés à ces objectifs de manière plus équilibrée.

L'ARC soutient l'approche de la Commission Européenne consistant à améliorer le ciblage communautaire des aides vers les jeunes agriculteurs, les petits agriculteurs, les vrais actifs agricoles, la performance environnementale des fermes dénommée « Greening », les zones les plus défavorisées. L'ARC soutien également une meilleure utilisation des fonds publics de l'UE, avec d'un côté la dégressivité des aides selon les emplois agricoles, et de l'autre la coordination stratégique des différents fonds ciblant les zones rurales.
 
Sur l'ensemble des sujets couverts par la réforme, l'ARC 2020 considère que la PAC doit accompagner deux mouvements parallèles :
- Un changement radical de paradigme dans les systèmes agricoles et alimentaires, afin de favoriser une agriculture durable présente sur le maximum de territoire, avec une diversité de modes de production et de transformation des aliments au niveau régional et local, avec des relations plus étroites entre les agriculteurs et les consommateurs et en mettant l’accent sur la santé publique, l’environnement et le bien-être des animaux.
- Une renaissance économique, sociale et environnementale des zones rurales fondée sur la diversité des communautés rurales, des cultures et des ressources locales, et honorant l’engagement de l’UE envers la cohésion sociale, économique et territoriale. Il est temps de reconnaître le développement rural comme un politique structurante qui permette aux agriculteurs et aux ruraux de construire des projets dans la durée et non comme une annexe agricole de la PAC dédiée à la restructuration des exploitations.
 
Avec cette réforme de la PAC, l’UE devra se montrer exemplaire pour viser une meilleure efficience de l'agriculture et du budget. Efficience des calories végétales produites et transformées en calories animales, grâce à des techniques agricoles innovantes peu coûteuses en énergie fossile, rémunératrices pour ses paysans, favorables à la lutte contre le réchauffement climatique, respectueuses des autres agricultures et des équilibres écologiques et territoriaux. Efficience de l'argent public enfin, pour que chaque euro investit dans la PAC rapporte ainsi une valeur ajoutée aux citoyens européens. C'est en ce sens que l'ARC 2020 soutient un nouveau partenariat entre l'Union Européenne, les paysans et les citoyens.


Samuel Féret est sociologue. Il a travaillé pendant 10 ans avec des groupe de fermiers français impliqués dans la mise en oeuvre d'une agriculture durable avant de coordonner à partir de 2008 des ONG françaises et des organisations agricoles sur la question de la réforme de la PAC. Il est membre du "Groupe de Bruges" - think tank indépendant traitant des politiques agricoles et rurales au niveau de l'UE - et membre d'ARC 2020.



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